27 Juin : Itacaré, la grâce

 

Il est bien difficile de pénétrer jusqu’au petit village d’Itacaré. Une passe étroite cernée par deux rangs de déferlantes sournoises, un fort courant et très peu de fond, Fleur Australe a remonté sa quille à fond, 11 crans, pour pouvoir mouiller au cœur de la belle Itacaré, à l’embouchure du Rio, la grande rivière qui remonte très loin dans les terres et se perd dans la jungle. 

 

A peine débarquée je perçois le charme de ce petit village de pécheurs adoré des surfeurs et des hippies, fascinés par les vastes étendues de forêt tropicale, les belles plages et les déferlantes. L’ambiance est décontractée, l’accueil chaleureux et on se prend à rêver d’y jeter l’ancre comme ce français qui était venu y passer quelques jours qui se sont vite transformés en 5 ans. Son petit voilier a élu domicile à quelques milles dans la rivière, non loin de la cascade où il construit une maison, pas d’EDF, pas de taxe d’habitation, pas de bruits, le paradis au bout du monde. 

 

Au coucher du soleil les pirogues remontent doucement, elles glissent sur l’eau, chargée de cacao, qui filera vers Bahia puis vers l’étranger. Nous partons pour la journée avec la lanche de Bébé le brésilien, la lumière s’immisce imperceptiblement à travers les palétuviers. 

 

La mangrove se fait plus dense et nous sillonnons entre les îles végétales flottantes, les baronesas qui ce matin même ont chatouillées Fleur Australe au risque de faire chasser son ancre. Nous sommes au cœur du Brésil. Laura s’exclame « On se croirait dans Tintin et l’oreille cassée » tandis que Marion guette les crocodiles et que Loup rame. Pour les crocodiles il faudra attendre encore un peu mais le parfum est bien là et l’aventure bat son plein. Nous ramons jusqu’à la cascade pour y prendre un bon bain frais, c’est rare en ce moment. Il a beaucoup plu et l’eau de mer est laiteuse, chargée d’alluvions, pas particulièrement attirante. 

 

Nous sommes sous les tropiques mais les jours sont courts, c’est l’hiver et il pleut beaucoup.  A la belle heure nous retrouvons Fleur Australe, le  paysage s’illumine et les rameurs s’activent, tandis que d’autres pirogues volant sur l’eau avec des piles de bananes en forme de pyramides, s’enfoncent dans le Rio. Bébé nous apporte des fruits, des cocos et du Cacao, le ciel s’embrase, la mer se dore et le village s’allume. Le bonheur.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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