26 décembre - La banquise ! (par Philippe Poupon)

 

Résumé des derniers jours par Philippe Poupon.

 

Elle est mouvante, sournoise, imprévisible, impressionnante, dangereuse, attirante, envoutante. Elle se déplace au grès du vent et des courants. Elle est soumise aux intempéries, tempêtes, mais aussi au soleil. 

 

 

 

Loup de balade sur les îles de l'archipel Amstrong

 

 

Le continent Antarctique est entouré de sa belle robe blanche et il ne s’en sépare jamais. Quand arrive l’hiver, elle s’allonge et s’épaissit et sa superficie va doubler, tripler. Elle commence à diminuer au printemps quand les rayons du soleil l’attaquent et la fragilisent. 

 

 

 

Des sternes viennent nicher ici aux îles Thomsen. Elles arrivent de l'Arctique.

 

 

En décembre, c’est la débâcle, et cela va durer jusqu’à la fin de l’été.

 

 

 

Loup aux îles Thomsen

 

 

Arrivant en Antarctique, depuis le Cap Horn, c’est d’abord quelques icebergs que l’on rencontre. La banquise se cache plus au sud, entre les îles ou au large dans la mer de Bellingshausen. 

 

 

 

La glace est épaisse

 

Nous l’avons rencontré en passant Vernadsky, la base ukrainienne. Elle nous a bloqué, obligé à faire demi tour et à chercher une voie plus au nord et vers l’ouest. Avec les cartes reçues à bord, nous savions que la route serait bien chargée, c’est à dire qu’il y avait beaucoup de glace vers le sud, mais une bande d’eau claire le long des îles semblait nous offrir une voie libre pour tenter de descendre jusqu’en Baie Marguerite. 

 

 

 

Le Noël des enfants

 

 

En arrivant au sud de l’île Renaud, elle nous a encerclé, puis bloqué dans l’archipel des îles Armstrong. 

 

 

 

Marion avec un livre de circonstance

 

 

Il était alors évident que de continuer vers le sud, vers la baie Marguerite, devenait dangereux et impossible. Après deux journées difficiles à lutter contre les plaques mouvantes, il fallait donc revenir au nord. Sortir de l’archipel et de ses nombreux récifs, n’a pas été chose facile. Il a fallu pousser le moteur à fond et écarter ces grosses plaques. Patience et persévérance avec l’espoir de trouver des nappes d’eau libre. Nous faisons sans cesse des aller retour au nid de pie pour évaluer la situation. Nous scrutons l’horizon pour y discerner un peu de bleu dans ce désert blanc, en vain. Le temps est calme, vent faible. Des conditions qui nous permettent heureusement ce jeu délicat. Pas question de s’engager dans ce pack serré si le vent forcissait, cela pourrait nous être fatal. On peut facilement se faire malmener voir écraser entre deux gros morceaux de banquise. Les chocs résonnent dans le bateau et nous souffrons à chaque assaut.

 

 

 

Une dizaine de phoques se reposent sur la banquise

 

 

Notre expérience nous l’avons acquise dans le passage du nord ouest, il y a 4 ans. Nous avons rencontré la glace, découverte et apprise. Nous l’avons retrouvé en 2012, entre la Nouvelle Zélande et l’île Pierre 1er près de Charcot et dans la Baie Marguerite. Un bon apprentissage, mais l’école est encore longue.

 

 

 

Entrainement pour le prochain match

 

 

Cette année vient enrichir notre éducation et jamais nous n’avions rencontré une telle concentration de glace, aussi dense. Le bateau est solide et prévu pour ce genre de combat, coque renforcée, safran de secours, cloisons étanches, gros moteur pour pousser la glace, mais nous savons que la frontière avec le réel danger n’est pas loin et que le risque est bien là. 

 

24 décembre. 18h00

 

Nous sommes au large de l’île Renaud. Le combat a duré plus de 6 heures mais la banquise semble désormais plus parsemée et nous en profitons pour amarrer le bateau sur une plaque de glace où se reposent deux phoques crabier. Ernesto et Loup ont préparé le dîner de Noël. Escale insolite pour un réveillon. Nous dérivons avec nos voisins les glaçons. Nous sommes portés par le vent qui se lève. En 2 heures nous avons parcouru 1,5 mille.  

 

 

 

En route pour une balade sur la banquise

 

A peine le repas terminé il faut vite larguer le grappin et abandonner notre floes à sa longue dérive pour rejoindre l’abri de la côte. Elle est austère, falaise de glace avec quelques émergences de rochers. Dans les baies le vent souffle déjà à plus de 30 nœuds. Nous trouvons un cap aux rochers lisses, arrondis, du granit gris foncé. Paysage d’un autre monde. Le vent forcit. Ernesto part à terre avec l’annexe pour repérer une faille où nous pourrions glisser une barre d’acier et y attacher câbles et amarres. Difficile de mouiller, les fonds tombent dans les abîmes, trop profonds pour y jeter l’ancre. Nous sommes protégés des rafales et la neige s’envole en tourbillon dans les bourrasques qui descendent du glacier. Le soleil décline et enrobe les volutes de neige d’un halo rose. Nous allons enfin pouvoir dormir, épuisés par ces journées interminables. Le père Noël est attendu au petit matin. Nous laissons un hublot ouvert pour qu’il vienne déposer les cadeaux de nos chères petites têtes blondes.

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