21 Décembre - 65°14 S 64°15W – Vernadsky

 

 

Hier 17H30 Nous sommes de nouveau confrontés à une banquise dense et impénétrable qui nous oblige à faire marche arrière dans le Grandidier Channel. La glace sur des miles et des miles, nous barre le chemin. Nous nous échappons de justesse et revenons sur notre trace. La glace s’est refermée sur nos pas, il nous faut batailler durement pour nous en sortir et finalement retrouver des nappes d’eau libre. De failles en failles nous avançons dans ce chaos glacé. Je sens que la capitaine s’est fait des frayeurs, à voir son visage grave. Moi je filme et comme toujours, cela me protège, je deviens spectateur. Notre sort ne m’appartient plus. Loup est assis sur la barre de flèche, Ernesto est au nid de pie. Les petites n’ont aucune conscience du danger et sont surexcitées, sans doute leur façon à elle de s’exprimer face à l’adversité.

 

 

 

L'ombre de la Fleur sur la banquise

 

 

18H30 Nous sommes de retour devant Vernadsky mais cette fois le capitaine est bien décidé à briser la glace, pas question de rebrousser chemin. La banquise est bien là, drap blanc sur la mer de velours, mais elle semble moins dense que celle que nous venons d’affronter et surtout nous en apercevons le bout, alors qu’à cela ne tienne ! Fleur Australe, s’engage bravement dans ce pack de 50 cm d’épaisseur, le moteur chauffe, nous reculons, prenons de l’élan et avançons de nouveau. L’étrave se cabre, grimpe sur la glace. Après plusieurs tentatives, le pack finit par s’ouvrir en deux et nous nous frayons un passage jusqu’au prochain bouchon. Est-ce l’attrait de la vodka et de la chaleur humaine ou simplement le fait de ne pas vouloir une nouvelle fois s’incliner devant la dame blanche ? Toujours est-il que le capitaine semble bien décidé à ne pas se laisser faire. Depuis bientôt 5 ans que nous bataillons avec la glace, nous n’avions jamais forcé le passage à ce point. Après une bonne heure de lutte acharnée, un véritable corps à corps avec la banquise, nous avons gain de cause et relâchons devant la base.

 

 

 

Un iceberg bloqué au milieu de la glace

 

 

20H00 Nous débarquons, les Ukrainiens sont contents de recevoir de la visite. Ils sont là depuis le mois d’Avril et commencent à trouver le temps long. L’hiver a été rude avec beaucoup de glace qui perdure tard en saison comme nous avons pu le constater. Deux d’entre eux étaient déjà là il y a deux ans lors de notre passage pour soigner mon doigt gelé. Ils sont revenus cette année après une année de break. Les hommes trinquent à la vodka, je me contenterai d’un thé cette fois. Loup est enchanté, il joue aux fléchettes avec une des « armoires à glace », il en faut dans le coin car ce n’est pas ça qui manque, tandis que Philou fait un billard avec les autres. Ernesto ne quitte plus le bar et s’improvise en Ukranglais, la vodka aidant, il me semble que ses interlocuteurs finissent par le comprendre. 

 

 

 

Nous ouvrons la glace, mais elle résite

 

 

23H00 Nous prenons congé de nos hôtes qui nous ont organisé un programme pour le lendemain foot pour les garçons (j’espère qu’ils n’ont pas décidé de prendre leur revanche du match barrage de la coupe du monde car la banquise risquerait de perdre de sa blancheur virginale) et sauna suivi d’un bain gelé.

 

 

 

Les filles, indifférentes à notre lutte avec la glace 

 

 

 

 Vernasky entouré de sa banquise

 

 

23H30 Dans mon duvet. Je suis épuisée, j’ai tout filmé depuis notre réveil à 4H00 du matin. Ces jours continus me pèsent, mes yeux me brûlent et je ne parviens pas à trouver le sommeil malgré la fatigue. Je rêve de nuit noire, impossible d’en créer une comme c’est les cas d’habitude avec de la mousse néoprène, car tout les hublots sont isolés avec du film plastique ou des feuilles de plexiglas, afin d’éviter les gouttes d’eau liées à la condensation. Au même titre il est impossible d’ouvrir les hublots et ca me pèse plus que tout. J’ai besoin d’air, je sors sur le pont, respirer à plein poumons. Un homme marche sur la banquise. La lumière décline doucement dans des harmonies de jaune mais le soleil n’en finit pas de briller. Je cligne des yeux et rejoins ma bannette. Demain le jour continuera ! 

 

 

 

Une petite oasis d'eau claire ou l'on peut mouiller pour la courte nuit du grand sud

 

 

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