8 avril. Arrivée au Kamtchatka

Quinze jours de mer pour rallier le Japon à Petropavlovsk au Kamtchatka le long des îles Kouriles.

Environ 900 milles séparent la ville de Kushiro sur l’île d’Hokkaido au Japon à Petropavlovsk au Kamtchatka en Russie. Les conditions météo en ce début de printemps restent hivernales. Nous avons été bloqués plusieurs fois dans des mouillages pour cause de mauvais temps, de vent fort. Il a fallu changer de mouillage en pleine nuit, saisir les créneaux de relatives accalmies en affrontant la mer et le vent toujours contre nous. Jusqu’au bout, jusqu’à Petropavlovsk nous avons lutté contre une grosse houle creuse de plusieurs mètres. Fleur Australe a résisté, mais il faut un bateau solide et à l’épreuve du mauvais temps pour effectuer ce genre de parcours de fin d’hiver.

2019 04 08 fa 01Les îles Kouriles comprennent 56 îles, 30 grandes et 26 petites ainsi que de nombreux îlots rocheux déserts. Elles forment un cordon ombilical qui relie la péninsule de Kamtchatka au Japon. Îles volcaniques d’une rare beauté, les Kouriles semblent résumer la splendeur des paysages de la Kamtchatka et celle de l’océan qui vient buter contre des falaises abruptes. L’activité sismologique y est intense et les éruptions fréquentes. On les a découvertes sous un manteau de neige, une parure de virginité d’où jaillit la roche noire des volcans. Sur les falaises on peut lire la formation géologique, les différentes couches de roche, leur couleur qui va du vert au marron en passant par le pourpre. Sur la côte, des pics de basaltes et des orgues jaillissent de la mer déchaînée où la houle du Pacifique vient exploser. Beaucoup d’oiseaux peuplent les falaises, et en mer, on rencontre des rassemblements de guillemots qui rasent l’eau, par centaines. Ils utilisent l’effet de groupe pour se prémunir des attaques de l’orque qui rôde autour des îles. Nous apercevrons un mâle solitaire surfant dans les vagues d’une pointe. Nous avons eu le plaisir de croiser un groupe de marsouin de Dale avec leurs très belles robes blanche et noire. Nous revenons comblés de cette expédition. Certes elle n’a pas été de tout repos, mais les images de ces îles sous la neige au milieu de la tempête, resteront un grand souvenir.

Notre arrivée à Petropavlovsk Kamtchatski a été la dernière épreuve. Vent fort dans le nez et cette grande houle du Pacifique qui nous submerge. Nous avons dû nous réfugier dans une baie sous une falaise pour laisser passer le plus fort du vent.

Mais l’escale a été de courte durée car la météo annonçait des vents encore plus forts pour plusieurs jours. Nous longeons les falaises, parois verticales, magnifiques. Passer les caps est un challenge avec des rafales à plus 50 nœuds qui couchent le bateau sur l’eau. Les filles ont peur de chavirer, je tente de les rassurer. « Maman est là, ne vous inquiétez pas, quand maman est là il ne peut rien vous arriver ». Je tente d’y croire mais il est vrai que je redoute le chavirage à chaque assaut. Le bateau encaisse, mais le capitaine est anxieux. La nuit et la neige reviennent pour parfaire le tableau. Nous luttons. L’équipage fini par s’endormir, blotti au fond de la bannette au chaud dans le duvet. C’est la dernière offensive, comme un alpiniste qui gravit l’Everest. Les lumières de la ville scintillent au loin entre les grains. Nous devons ralentir et patienter car le port est fermé pour cause de trafic de sous-marins. A 3h00 en pleine nuit nous relâchons enfin au pied de la ville endormie.

Soulagé et heureux, le capitaine qui n’a presque pas dormi depuis deux jours, s’écroule dans sa bannette. Je peine à trouver le sommeil et rêve à la campagne Russe, un peuple, un pays qu’il me tarde de découvrir.

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