23 janvier : Plongée au Japon avec les raies Manta

Ishigaki a revêtu sa parure hivernale. Il fait frais, presque froid et le ciel est lourd avec ses nuages gris qui déversent de temps à autres des grains de pluie emportés par le vent. Rien de bien glamour pour notre première plongée, mais l’équipage de la Fleur Australe en a vu d’autres et ne s’arrête pas devant les éléments hostiles.

2019 01 22 fa light 03Nous embarquons avec Zorah du Prime Scuba club, qui nous conduit sur les petites îles dans l’archipel d’Ishigaki. Le bateau fil à vive allure dans les passes à travers les bancs de coraux. Nous sommes dans le sud du Japon, par 24° Nord, sous les tropiques, les îles sont baignées par le courant chaud des Philippines qui remonte de l’équateur et la température est actuellement d’environ 23°C. Ce courant apporte avec lui en cette saison du plancton et c’est le début de cette chaine alimentaire qui attire dans ces eaux nombre de poissons.

J’aime cette première immersion lorsqu’on passe du monde terrestre au monde aquatique. Ce silence qui vous rempli et cette matière dans laquelle vous venez de plonger. On est dans un autre univers, celui des poissons, des coraux. Cela reste toujours un choc, qui se transforme en joie quand vous commencez à vous propulser avec vos palmes vers les abysses.

Première rencontre avec une tortue. Elle semble fatiguée et peu farouche. Elle est recouverte d’algues. Elle a fait un long voyage, sans doute depuis Taiwan, comme nous et elle n’a pas encore pris le temps de passer à la station de nettoyage où les petits poissons vont la débarrasser de cette flore envahissante. Je nage quelques instants avec elle. Elle me regarde et semble me dire que nous sommes du même monde. Elle regagne la surface pour prendre son air.
Ici les coraux ont été partiellement détruits. En 2016, l’eau est montée à plus de 32°C pendant plusieurs mois. Cette année là, il n’a pas eu de typhon sur le Japon. Résultat, les eaux n’ont pas été brassées en particulier dans les baies fermées, le typhon n’a pas aspiré l’énergie emmagasinée par les océans, et l’eau est montée en température. Environ 70% des coraux ont disparu. Une catastrophe écologique, conséquence du réchauffement climatique. Même s’ils sont résilients, les coraux vont mettre beaucoup de temps à recouvrer leur santé et la superficie sur laquelle ils s’étendaient avant ce phénomène. Dix ans, cent ans ?
Nous continuons notre exploration et croisons quelques raies pastenagues, enfouies dans le sable et une raie Léopard qui s’envole à notre approche. Dans le creux du récif un clams électrique envoie de la lumière, je n’en avais encore jamais vu. Des poissons clown butinent une anémone, l’un deux me mord le doigt quand j’approche de trop près son petit némo rose, il a bien défendu son enfant.

2019 01 22 fa light 03Je me laisse aller à mes songes aquatiques. Je suis une sirène entourée de poissons multicolores. Mes longs cheveux d’or flottent dans mon sillage. Je me nourri d’algue et d’eau pure, mais soudain une ombre m’interpelle et me réveille, celle dont nous guettions la présence, plane somptueusement au dessus de moi. Une belle raie Manta avec ses ailes déployées nous gratifie de sa force tranquille. Elle avance la bouche ouverte avalant le plancton qu’elle filtre dans ses branchies. Grace, majesté, élégance, douceur, des qualificatifs qui lui collent à la peau. Ses battements d’ailes sont lents, pas de remous, pas de vagues. Elle nage, vole, suspendue dans ce monde que sa présence empreinte de sagesse bouleverse. Elle est la reine des océans. Mon corps frissonne. Je suis émue, émerveillée. Une autre raie la suit, plus loin, plus bas, rasant le sol, épousant les contours des récifs. Elle me voit, me frôle. Mon cœur s’emballe. Elle s’en va, disparaît.

Comment ne pas être touchée et atteint par cette rencontre. Comme la grâce d’une baleine, la raie Manta vous marque à jamais. Ces rencontres inoubliables nous font prendre conscience de l’urgence qu’il y’a à protéger les océans.
Ici au Japon, les pêcheurs et les plongeurs se bagarrent. Les plongeurs veulent protéger les zones comme celles où nous sommes actuellement, mais malheureusement les pêcheurs, plus nombreux, plus forts, s’opposent à la création de zone protégées, de parcs marins, de peur de ne plus pouvoir pêcher à tout va. Ils ne veulent pas comprendre et accepter que c’est leur survie et que ces zones sont des lieux de reproduction. Il faudra encore un peu de temps et quelques catastrophes, pour que les consciences changent.

Fleur Australe souhaite que les océans soient protégés. Que tout le monde puisse en profiter. Que les raies mantas viennent se nourrir dans ses baies en toute quiétude.

Nous regagnons la terre des hommes, le cœur et la tête remplis de belles images. Elles resteront à jamais gravées dans notre esprit.

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