Mardi 21 février : Déception Island

7h00 : Les Shetland du Sud s’étendent sur 540 km de long. Il y a 11 îles principales, montagneuses et volcaniques et toute une série de petits îlots qui constituent le plus grand archipel de l’Antarctique. Ces îles abritent de nombreuses bases scientifiques. Elles ont été découvertes en 1819 par William Smith qui s’est trouvé entrainé très au Sud par un coup de vent alors qu’il tentait de passer le Cap-Horn. L’île doit son nom de Déception à ses découvreurs qui n’y trouvèrent pas d’abris et firent le tour sans voir l’entrée du cratère. Nous mouillons justement au cœur de ce cratère, exactement à Telefon baie.

 

 

Ce matin, tout est calme, les parois du volcan se reflètent dans l’eau à perte de vue. Malheureusement bien vite un paquebot norvégien, largue ses « manchots » à l’assaut des sommets enneigés.  

 

 

 

 

 

Nous attendons un peu pour débarquer, en profitons pour préparer un bon déjeuner puis partons faire une balade sur les pentes noires et blanches.

 

 

 

Les enfants font des glissades tandis que je pars marcher avec Antoine. Le paysage est grandiose sur des milles et des milles.

 


15h00 : Nous levons l’ancre et mouillons à quelques milles à Pendulum Cove. Nous creusons sur la plage de cendres noires à la recherche des sources géothermiques que nous ne trouvons pas.

 

 

Qu’à cela ne tienne Loup et moi décidons de prendre un bain de mer à 1,5°C.

 

 

Le capitaine décide de lever l’ancre rapidement car le vent tourne au Sud. L’ordinateur qui nous permet d’envoyer des nouvelles chaque jours ne marche plus, il a reçu des gouttes de condensation hier pendant la traversé. Malheureusement nous n’avons pas le logiciel Géo-Link pour l’installer sur un autre ordinateur, celui de secours a été volé à Tahiti. Pas de chance pour le passage du Horn. J’enverrai ça d’Ushuaia.


17h00 : Nous quittons Déception. Le ciel est d’un bleu limpide. C’est magnifique ce mélange de neige et de cendre balayé par les embruns. Hier nous étions dans la tempête de neige, nous ne voyions pas à 10 mètres et là le décor s’illumine majestueusement. On ne pouvait rêver plus belle sortie.

 

 

 

De gros cailloux sont posés sur l’eau comme des icebergs couleur ébène. Ils marquent la pointe, on les appelle la machine à coudre et l’aiguille. Un peu plus loin à l’Est nous rencontrons une impressionnante colonie de manchots à jugulaire. Déception est comme un fer à cheval avec une passe qui protège son cœur, son cratère, son pouls qui bat la chamade, ses sommets striés par la neige ressemblent à un muscle. Au coucher du soleil les manchots regagnent le rivage. Ils bondissent sur l’eau dans le faisceau de lumière et jaillissent comme des fusées sur la longue plage de sable noir. C’est somptueux. Les otaries les observent nonchalamment. Nous poursuivons notre remontée vers le nord. A tribord l’île Livingston et ses sommets enneigés. Le soleil se couche lentement et je le regarde jusqu'à ce qu’il s’évanouisse dans la mer. Le premier vrai coucher de soleil, depuis un mois. Livingston est rose, veloutée, toute douce. C’est ma dernière vision de l’Antarctique et je pense à Jonathan Livingston le Goéland, mon film fétiche. Comme lui nous avons fait un beau voyage.

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