10 Janvier - Chez Eugénio - Caléta Canasaka

 

Nous ne pouvions passer par Puerto Williams sans faire une courte halte chez notre ami Eugénio, à Caléta Canaaca, notre escale préférée dans les canaux. Pour le plus grand bonheur des enfants après ce mois rude à batailler contre les éléments, c’est la récompense. 

 

 

 

Un nuage en forme de rouleau, signe d'un changement de temps soudain

 

 

Retour aux sources, nos petits marins suivent Claudio le fils cadet, qui les initie aux joies de la ferme. Le matin on traie les vaches, l’après midi on tond le mouton ; loup fait une longue ballade à cheval le long de la côte tandis que Laura et Philou construisent une cabane. 

 

 

 

Escale chez Eugénio à Canasaka

 

 

A peine deux jours de repos le temps que le vent mollisse et nous appareillons sous la pluie. Passage obligatoire par Puerto Williams, de nouveau, c’est la case départ, comme au Monopoly, sauf qu’ici on ne touche pas d’argent, on en verse systématiquement aux autorités locales, à l’aller, au retour, pour naviguer dans les canaux, bref tout le temps. Je finis par prendre goût à cette escale imposée. 

 

 

 

Caleta Bertrand

 

 

Le Micalvi, bateau transformé en bar, est chaleureux et convivial avec les pavillons des 4 coins du monde en guise de déco et une jolie sirène à la queue illuminée. Demain nous reprendrons la mer pour Ushuaia et de là l’avion pour la France. Philou ramènera la Fleur en Uruguay avec Ernesto, elle nous attendra là pour de nouveaux voyages. 

 

 

 

Loup part en balade sur son cheval

 

 

Les enfants retrouveront l’école pour quelques mois et de mon côté j’attaquerai avec bonheur les répétitions de ma pièce Edith S., qui relate le destin exceptionnel d’Edith Stein. Les représentations commenceront au Déjazet à partir du 29 Janvier. 

 

 

 

Les nuages enveloppent la montagne

 

 

 

Laura a confectionné une cabane

 

 

De nouvelles aventures à terre et des images plein les yeux qui nous tiennent chaud au cœur. L’Antarctique nous a offert ses plus belles lumières, la glace nous a fait frémir et j’ai hâte d’attaquer le montage de ce nouveau film. Merci à vous tous qui nous avez suivi et qui je le sais avez frissonné avec nous. C’est un plaisir de partager avec vous grâce à Philippe Laffuge qui depuis la terre fait le lien avec la mer et vous permet de suivre chaque jour Fleur Australe et son équipage. 

Merci à toi Philippe et à Flora Monsaingeon.  

 

A SUIVRE.

 
 
 

4 Janvier - Caléta Martial

 

Une nuit au mouillage, ça ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Le vent souffle fort, 35/40 nœuds. J’aime être bercé par les rugissements, les hurlements du vent. Ca m’apaise. 

 

 

 

L'ésprit d'équipe, a dématé dans la Baie Nassau, près du Cap Horn

 

 

« L’esprit d’équipe », un sloop de 17 mètres qui navigue dans les canaux, nous avait retrouvé en fin d’après midi au mouillage. Ils ont levé l’ancre à 9H00 ce matin et sont revenus quelques heures plus tard. Ils ont démâtés, le pataras a lâché. C’est triste ! Leur VHF ne marche plus, nous leur donnons une antenne de secours. Le cap Horn est à la hauteur de sa réputation.

 

 

 

Le mat en deux morceaux, c'est le pataras qui a laché

 

 

Après un déjeuner sympathique où nous fêtons l’anniversaire d’Ernesto et son premier passage du Cap Horn. Le capitaine improvise un chant marin pour l’occasion et intronise son équipier.

 

 

 

Tout l'équipage travail sur le pont à ranger le grèment.

 

 

Nous sommes dans une période de coups de vent qui se succèdent avec un pic annoncé pour cette nuit et un autre pour Lundi, vent de plus de 50 nœuds prévu. Ce qui ne nous empêchera pas de lever l’ancre dans la nuit en direction des Iles Lennox à 35 milles.

 

 

2 janvier - Au revoir Antarctique

 

Nous avons quitté les Shetland et l’Antarctique aux toutes premières heures de cette nouvelle année. Encore de la brume et une navigation rendue difficile à travers les récifs que nous avions eu du mal à négocier en arrivant. Il faut suivre la trace sur l’écran de l’ordinateur, un œil sur le radar, un autre sur le sondeur et la main sur la barre. Comme un pilote d’avion qui atterrit ou décolle dans le brouillard, nous confions notre destin aux instruments. Il faut faire attention aux courants qui peuvent nous déporter sur les dangers à fleur d’eau. Ambiance étrange, dans une lumière toute ouatée. 

 

 

Nous nous arrachons à la terre pour rejoindre le large. Au radar, les dernières îles, les ultimes icebergs, le tout se mélange. Devant nous le Drake tant redouté, 450 milles de mer tumultueuse où gronde les tempêtes.

 

 

 

Nos compagnons de route, un prion

 

 

La houle est grosse, plus de 30 nœuds de vent, nous marchons à 9 noeuds. Les enfants renouent avec le mal de mer et nous retrouvons peu à peu la nuit avec plaisir. Au loin, vers le nord, le Cap Horn, sésame sur la route du retour. Il faut l’atteindre pour se mettre à l’abri des îles de la Terre de Feu, extrémité du continent sud américain. 

 

 

Nous laissons derrière nous un monde sans pareil. Nous avons abordé l’extrémité de la planète terre. C’est ce que l’on fait de plus extrême. Le pays de la glace. Elle est la maitresse des lieux aussi bien à terre que sur mer. Elle nous a envouté, elle nous a menacé, nous avons réussi à lui échapper. Nous avons ressenti sa force, sa puissance. Nous l’avons poussé, contourné, brisé, foulé. Nous l’avons AIMÉ.

 

 

 

La mer brise 30 noeuds de sud

 

 

Dans notre sillage, des images, les souvenirs d’un combat de tous les instants. Vigilance, apprentissage, angoisse, crainte. Il faut savoir être humble devant tant de force. Il faut savoir remercier le ciel et s’incliner devant tant de beauté.

 

 

 

Sous voilure réduite par 30 nds vent arrière

 

 

Derrière nous, notre sillage se referme. « Fleur Australe » et son capitaine Philippe Poupon ramènent sains et saufs leur équipage. Nous avons abordé ce continent avec tout le respect qu’on lui doit. Qu’il reste à jamais protégé de l’avidité de l’être humain. Qu’il demeure une terre de science et un sanctuaire pour les oiseaux, manchots, phoques, otaries, baleines, qui en sont les seuls propriétaires.

 

 

29 décembre - Île Déception

 

Nous avons laissé derrière nous la banquise et les baleines. Cap sur l’Île Déception. 

 

 

 

Ancienne base baleinière à Déception

 

 

17h00

La mer est agitée, désordonnée, le bateau plonge dans les creux, le vent est de face, 20/30 nds. Nous avions perdu l’habitude, de la houle, du roulis, du tangage. A bord, l’équipage rejoint sa bannette le temps de retrouver les gestes et le rythme de la haute mer. Nous sommes dans le Bransfield Strait et cet endroit est réputé pour ses eaux tumultueuses. Ce sont sans doute les courants qui sont responsables de cette mer déchainée aux creux abrupts. 

 

 

 

Lagon aux eaux turquoises 

 

 

4h00

Nous entrons dans les bouches de Neptune, une passe étroite qui donne accès au cratère. Il y a 10 000 ans le volcan jaillit du fond des océans. Un pan s’écroula et ouvrit une brèche d’où l’eau envahit la caldera. L’île est unique. Il n’y a que deux volcans en Antarctique. Déception est la seule île au monde ou l’on peut entrer en bateau et pénétrer au cœur d’un cratère. Elle fut découverte en 1820 par Smith et Bransfield. Son abri est un bon mouillage pour les grands bateaux. En 1906 les Norvégiens implantèrent une base baleinière au cœur de la caldera à Whalers bay. C’était un centre important de la chasse à la baleine. Charcot, lors de son hivernage en 1909, y vint pour réparer la quille du Pourquoi Pas ?, endommagée sur un récif.

 

 

 

Rencontre avec deux baleines

 

 

L’écosystème de Déception est unique. Faune et flore sont rares en Antarctique. L’île est protégée avec plusieurs zones classées réserve. On y trouve la plus grande colonie de manchots à jugulaire au monde avec 190 000 couples. 

 

 

 

Telephon bay à Déception

 

 

6h00

Nous trouvons refuge au fond du cratère dans une baie qui pourrait représenter un petit volcan. C’est un décor en noir et blanc où la neige et la glace se mêlent à la cendre du volcan. Quelques taches de roches rouges safran apparaissent de-ci de-là. C'est somptueux avec une eau verte qui complète cette délicate palette de couleurs.

 

 

 

01h00  Livingston 

 

 

Nous relâchons enfin… Il me semble que cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps. Je pars pour une longue ballade en longeant la crête, de sommet en sommet. L’eau fume et semble envelopper les lieux d’un filtre qui déforme la réalité. C’est flou, nimbé de douceur, ça tremble. Fleur Australe solitaire, au cœur du volcan a fière allure, elle panse ses petits bobos des jours passés et se repose de ces longs combats contre la banquise. Quelques manchots font les cent pas sur la plage de sable noir, tandis que quelques phoques se prélassent au soleil. Philou plonge pour jeter un œil au safran. Tout va bien, la réparation de fortune tient le coup.

 

 

 

Baleine sur fond de soleil couchant

 

23H00

Nous levons l’ancre. Le vent forcit. Le soleil est doré. Il dessine le contour des montagnes et fait éclater les touches de pourpre. Nous doublons les Needles et longeons la longue plage de sable noir baignée dans la lumière du soir. Les manchots font des ricochets sur l’eau et rejoignent la plage. 

 

 

 

Escale à Déception, le nez planté dans la cendre du volcan 

 

 

0H00 L’île Livingston auréolée de rose, est recouverte d’un manteau de neige. Soudain un souffle de baleine fait frissonner la mer polie comme un miroir. C’est magique. Au loin, le soleil s’endort, les couleurs éclatent en bandes allant du rouge au violet. Pendant près d’une heure je reste à filmer la baleine qui tourne autour de la Fleur. Sa respiration me donne la chair de poule, la force qui s’en dégage et sa vitalité m’emplisse de bonheur.  

 

 

 

 En noir et blanc, cendre et neige

 

7 Janvier - Puerto Williams

 

5H00 du matin, nous posons l’ancre dans une petite caleta en attendant que ce nouveau coup de vent passe. Ca souffle fort et la Fleur vibre. Moi aussi. J’aime ce vent qui hurle et fait gonfler le bateau. Nous sommes dans notre cocon tandis que les éléments se déchaînent autour de nous. 

 

 

 

Balade sur l'île Lennox

 

 

Nous avons quitté notre abri près du Horn avant hier pour rejoindre les îles Lennox, le temps d’une longue promenade dans la forêt et d’une visite au gardien de phare. Dans la soirée nous avons navigué jusqu’à Puerto Williams, escortés par les dauphins. Retour à un semblant de civilisation, internet, le téléphone capte, on se « re-sociabilise », on renoue avec la réalité et avec le genre humain, l’espace d’un instant. Ce que nous désirions quitter il y a plus d’un mois, nous apparaît désormais doux et confortable. Ca ne tangue plus, la douche est chaude et calme, la conversation avec les rares personnes croisées en marchant vers le village pour se ravitailler agréable, voir exotique après tous ces manchots. 

 

Il n’y a rien de meilleur que d’arriver au port après un mois de mer… si, larguer les amarres après un mois de terre ! Les filles, font de la balançoire dans le parc en bois sous l’œil amusé des Chiliennes qui ne voient pas souvent de petites têtes blondes comme les blés par ici. Loup sourit après ces derniers jours, il les a passés dans sa bannette à subir ce satané mal de mer qui lui empoisonne la vie. Il prend des nouvelles de ses matchs de foot, me commente les résultats bien qu’il sache que j’y suis tout à fait insensible. 

 

 

 

Un peu de repos entre deux coups de vent

 

 

Les courses sont faites, les réservoirs pleins d’eau, un dernier verre au Micalvi, le repaire des marins du Grand Sud, la chaleur d’un feu de cheminée. Rassasiés de civilisation (enfin presque, il faut toujours rester sur sa faim) nous filons vers la caleta Péon, chez notre ami Eugénio. 

 

Dans la nuit le vent se lève, plus de quarante nœuds, ce qui nous oblige à nous abriter à quelques milles en attendant que ca passe. Les coups de vent se succèdent et le calme revient toujours. Ainsi va la vie du marin qui sait qu’après la tempête vient le beau temps et que la nuit n’est jamais aussi noire qu’avant l’aube. Profitons en, puisque nous avons retrouvé la nuit après un mois de jours continus !

 

3 janvier - Cap Horn

3 janvier - Cap Horn

 

30/35 nds de vent. Fleur Australe bondit sur les vagues, roule, tangue, dans cette mer chaotique, désordonnée. Un vrai chaudron. Les houles se mélangent. Elles viennent de toute part, engendrées par les dépressions alentours. Le Drake est à la hauteur de sa réputation et l’on s’imagine les grands voiliers du siècle passé, qui chargés à ras bord d’hommes ou de marchandises, devaient batailler contre le vent et la mer. Ici des hommes ont péri, des bateaux ont coulé, ne laissant aucune trace. Les épaves s’en vont, parcourent des milliers de milles avant de s’échouer sur une île ou une côte déserte. 

 

 

 

En traversée, nos 3 enfants patientent

 

 

10h00

Nous apercevons l’île Horn, au loin, entre deux grains. Une neige mêlée de pluie s’abat sur notre navire. Une émotion s’installe à la vue du célèbre caillou. On sent toute la force qui émane de cet endroit. Un respect s’impose devant une telle légende. Il faut rester concentré, car les vagues sont traîtres. Elles peuvent surgir d’un instant à l’autre et nous coucher, nous retourner. Ici pas de répit, la vigilance est de mise. 

 

 

 

Enfin le Cap Horn

 

 

Nous approchons le monstre avec respect. La côte se dessine, on redécouvre un peu de verdure, une couleur que nous avions perdue de vue. Derrière nous l’Antarctique. Des souvenirs, des d’images par centaines. Nous avons changé de continent. Retour vers le nord. Autre décor, autre lumière. 

 

 

 

Au mouillage à l'ile Horn

 

 

L’île Horn s’offre à nous. Un cap, un promontoire qui s’érige fier et hautain. Il nous défie : « Je suis le plus célèbre, le roi incontesté de tous les caps. Personne ne peu m’égaler, les Leeuwin, Bonne Esperance, ne sont que des petits comparés à moi. A mes pieds j’en ai vu passer des navires, tirant des bords pendant des semaines. Je les ai domptés, malmenés. Certains ont coulé. Il faut être fort pour m’affronter. Les meilleurs passent. Les autres s’en vont, repartent vers l’est, les mats brisés, les voiles déchirées ».

 

 

 

Visite au phare, avec le gardien et son fils en poste pour un an

 

 

13h00

Nous débarquons sur l’île Horn. Entre deux vagues nous sautons sur une plage de galets qui roulent et rebondissent. Un escalier de bois nous permet d’accéder au phare. Un couple de chiliens avec leur enfant vivent ici pour un an. Ils veillent sur le phare et son bon fonctionnement. Petite lueur qui aide les marins dans la tristesse des ténèbres. La sculpture d’un albatros, rend hommage aux marins disparus. Une prière dans la petite chapelle pour tout ceux qui ont périt dans ces eaux. Leurs âmes flottent dans l’air, elles vivent dans les ailes de cet albatros géant, emblème des mers du Sud.

 

 

 

Une petite prière aux marins disparus

 

 

15h00

Nous levons l’ancre. Le mouillage est trop rouleur. Nous allons trouver plus au nord, une baie pour reposer nos corps endoloris par le combat avec les glaces et les mers déchainées. Le temps est venu de souffler… comme le vent.

 
 
 
 
 
Philou, au loin le Cap Horn
 
 

31 décembre - Robert Island

 

Escale rapide à Yankee Harbour, et visite de la grande colonie de manchots papou. 

 

Nous contournons Greenwich par l’est avant d’emprunter l’English Strait, passage serré entre Coppermine Peninsula aux falaises de basalte, Cécilia Island et les nombreux îlots qui bordent ce passage. 

 

 

 

Yankee Harbour

 

 

La mer est grosse. C’est un raz où la houle du large vient rencontrer le fort courant qui s’échappe du détroit. Le courant est avec nous de plus de 2 nœuds. Les vagues sont impressionnantes, les creux bien formés et ça déferle en haut des crêtes. Il faut être vigilant. Quelques récifs sont à fleur d’eau comme le Monica Rock. Le bateau escalade les collines et plonge dans les lames. Nous sommes au milieu du maelstrom. Le bateau roule et saute dans ce tumulte. Le décor alentour est constitué de falaises abruptes, de pics acérés. 

 

 

 

Manchots papou avec ses poussins

 

 

Devant nous Table Island, un bloc de basalte posé sur la mer.  Notre mouillage se trouve à quelques encablures. L’approche est difficile, les cartes imprécises. Une première arrivée se révèle dangereuse. Nous talonnons avec la pointe de la quille. Demi-tour, il faut contourner par l’autre face de l’île. Le vent est fort, 30 nds. Nous zigzaguons, un œil sur le sondeur, un homme à la vigie au nid de pie. Le mouillage est repéré mais Philou ne connaît pas son accès. Des récifs acérés défendent ce repaire de phoquiers. Un autre essai, le sondeur remonte à 4 mètres, il faut faire marche arrière. Encore un, mais la passe ne semble pas saine. Le troisième mouillage est le bon. Ici pas de carte, pas de guide. Nous sommes des explorateurs comme aux temps anciens. Ca y est, nous avons trouvé la passe, 10 mètres d’eau, nous pouvons accéder au bassin à l’abri des îlots. 

 

 

 

Manchots papou avec ses poussins

 

 

Ce mouillage a été le repaire des phoquiers au 19ème siècle. Il est sain car son fond est d’environ 8 mètres de profondeur et constitué de glaise verte de bonne tenue. Les icebergs ne peuvent pas entrer et venir endommager les coques des navires. 

 

 

 

Table Island

 

 

A terre un vestige de l’époque, un try-pot, chaudron en fonte qui servait à fondre la graisse. Quelle vie que celle de ces hommes, qui dans le froid, la brume et les tempêtes avec de l’eau glacée jusqu’aux genoux, débarquaient sur les rivages en quête d’otaries pour leur fourrure ou d’éléphants de mer pour leur graisse. Leur bateau à voile sans moteur devait louvoyer à travers tous ces récifs.

 

 

 

Coppermine Peninsula dans English Strait, une falaise de basalte

 

 

Cette nuit le vent a soufflé fort à plus de 30 nds. Les grains de neiges s’abattent sur notre bateau qui tire sur son ancre. Un léger roulis nous berce. 

 

Ce matin, le vent s’est calmé mais la brume nous enveloppe. Visibilité réduite à quelques mètres. 

 

 

 

Un Try pot, vestige de l'époque des phoquier au 19ème siècle

 

 

A terre les pétrels géants nous surveillent. Ils tiennent au chaud un œuf  qui deviendra petit poussin dans quelques jours. Dans d’autres îles alentour, ce sont les colonies de manchots qui s’activent pour la survie de l’espèce. L’ambiance est sauvage, comme on l’aime. 

 

 

 

Enveloppée de brume

 

 

Loup prépare une tarte aux poires pour le repas du réveillon. Nous serons seuls au bout du monde pour fêter cette nouvelle année.

 

28 Décembre - Lat 64°23S 64°02W

 

22H00

Nous mouillons pour la nuit à Hambourg Bay, côte ouest de l'île Anvers. Le brash envahit bien vite notre mouillage.

 

 

 

Un léopard de mer, bête féroce qui mange krill, manchot et phoque

 

 

 

Une belle rencontre, une baleine et son baleinau

 

 

4H00 du matin

Nous sortons par la côte extérieure de l’île Anvers pour mettre le cap sur les îles Shetland par un itinéraire un peu différent. Après un mille la banquise se densifie et c’est reparti pour un nouveau combat avec la glace, de grosses plaques serrées et denses nous obstruent le chemin. Il n’est bientôt plus possible d’avancer en slalomant car il n’y a plus d’eau libre. Du nid de pie aussi l’horizon est totalement bouché. Nous avons déjà parcouru 10 milles dans la banquise depuis le mouillage et il nous est désormais impossible de faire demi-tour pour contourner par l’intérieur de l’île Anvers. C’est aussi fermé derrière nous que devant. A peine Fleur Australe réussit elle à forcer le chemin en poussant le moteur et à se dégager une voie d’eau libre que les glaces se referment aussitôt derrière elle. C’est impressionnant. Ernesto remarque que l’eau ne sort plus du moteur et pour cause nous aspirons de la mer gelée, qui obstrue le filtre. Nous en ressortons une bouillie de glaçons et ca se remet à couler normalement. Température de l’eau -1,8 °. La Fleur encaisse, les chocs résonnent, nous avons mal et nous tremblons avec elle. Le soleil brille, la glace scintille comme un champ de diamants.

 

 

 

La baleine au milieu de la glace

 

 

 

Loup et Marion à la base américaine de Palmer

 

 

10H00

La Houle fait onduler la glace, ce qui signifie que l’eau libre ne devrait plus être bien loin même si du nid de pie nous ne distinguons que de la glace à perte de vue. C’est sans doute notre dernier affrontement avec la dame blanche pour cette fois. C’est la tempête qui nous attend après. Un gros coup de vent est annoncé et nous devons rejoindre l’île Déception, à 130 milles pour nous abriter.  

 

 

 

Mouillage sauvage sur l'île Anvers

 

 

 

Loup présent sur tous les fronts avec son drapeau du PSG

 

 

12H00

Nous longeons les dernières îles, Anvers, Brabant, Hoseason… Un souffle de baleine vient faire frémir la glace, elles sont deux baleines à bosses, la mère et son baleineau, qui nous régalent d’un ballet pendant une bonne demie-heure. Au loin, le mont Français a la tête dans les nuages. Un léopard se repose sur un gros floes. Les enfants sont sur le pont et traquent le souffle de la déesse des mers. C’est une journée toute douce, qui fait du bien après la tension des derniers jours. On se croirait presque en vacances. Ca fait du bien !

 

 

 

Une colonie de manchot sur la Péninsule Antarctique