6 avril : Aux Indes

Nous sommes aux Indes. Marco Polo est venu en Asie par la terre et rapporte avec lui des épices qui vont enchanter le palais des Princes. Le peuple tout entier, raffole de ces condiments et découvre qu’une nourriture, autrefois insipide, peut être transformée en succulent met aux arômes subtiles qui excite les papilles. 

2018 04 06 fa 11Depuis cette découverte on organise des convois de caravanes à travers l’Asie, l’Arabie, l’Egypte ou le Moyen Orient. Des voyages interminables sont nécessaires pour rapporter ces poudres précieuses, en Méditerranée, dans les comptoirs de Venise. Les couteuses épices une fois récoltées, étaient chargées à dos d’éléphants, embarquées sur des boutres, bravant tempêtes et pirates, avant de traverser les déserts à dos de chameaux pendant plusieurs mois. C’est bien pour cette richesse que des pays comme l’Espagne et le Portugal se sont lancés à la recherche de nouvelles routes maritimes afin d’atteindre ces contrées lointaines pour charger les bateaux en aromates et éviter les pillages de la voie terrestre.

Le premier à contourner l’Afrique a été Vasco de Gama et après lui des centaines d’expéditions sont parties à la conquête des épices indiennes. Avec l’accord de l’Eglise, on en profitait pour évangéliser les peuples et conquérir les terres.

On avance pas à pas. Chaque nouvelle expédition apporte des terres nouvelles. Arrivés devant l’actuelle Thaïlande, Birmanie ou Malaisie, la route semble fermée pour aller plus loin. Les navires, aperçoivent et empruntent un détroit, c’est celui de Malacca. On découvre là un port où fourmillent des centaines de bateaux, des pirogues, des jonques, des sampans, des boutres. C’est ici que se réunissent les marchands d’épices. Ils viennent de contrées encore plus lointaines, des iles Moluques, des Célèbes. Cette découverte va faire la richesse du Portugal qui obtient de l’église la possession de ces terres qui s’étendent de l’Afrique jusqu’aux Indes. L’Espagne aura l’autre moitié des terres, les Amériques. 

Mais on ne sait pas encore que la terre est ronde. En 1518, un certain Magellan, qui est déjà allé aux Indes en tant qu’officier sur des navires portugais, est convaincu qu’une autre route existe pour accéder directement aux sources de ces divines épices, passer de l’océan Atlantique à l’océan Indien et boucler le premier tour du monde. Il propose une expédition à son roi de tutelle, mais un refus catégorique l’oblige à s’adresser au pays concurrent et voisin, l’Espagne. Le Roi espagnol, Charles Quint, accepte et lui obtient une flotte de cinq navires. Magellan va découvrir le détroit qui porte aujourd’hui son nom et vaincre un nouvel océan, le Pacifique, qui donne accès aux iles des épices par une nouvelle route. Un seul de ses navires rejoindra l’Espagne les cales emplies d’aromates. Sauvagement tué dans une ile des Philippines, il n’aura pas la possibilité de jouir de son exploit.

Cinq cents ans plus tard, le temps a passé, mais les épices sont toujours là. On ne réalise pas ce que ces grains de poivre, ces clous de girofle, ce gingembre qui parfument nos plats, ont joué un rôle essentiel dans le monde d’autrefois. Les épices valaient plus cher que l’or. Venise a pu construire ses palais, Lisbonne et le Portugal ont dominé le monde grâce à ces petits grains et à ces poudres colorées. Les temps modernes leur doivent bien des découvertes.

Après avoir fait un court aller-retour à Bangkok pour récupérer, nos visas du Bangladesh, nous quittons la baie de Phuket et ses nombreuses iles. Notre dernière escale sera pour Kho Lanta. Devenue célèbre avec l’émission qui porte son nom, elle a depuis vu ses plages se développer et attirer grand nombre de touristes. La région est belle, les décors souvent époustouflants comme à Phi Phi Island. La splendeur et le succès ont attiré beaucoup de monde, trop pour notre tranquillité. Il nous faut trouver des iles sauvages et des mouillages où la Fleur puisse se reposer.

Nous remontons vers le nord, et les iles Surins. Nous échappons à la frénésie et trouvons un petit ilot aux eaux claires. Nous mouillons l’ancre entre les massifs coralliens. La mer frétille, s’agite. Des poissons par centaines nagent à la surface. Du bord on les aperçoit qui soulèvent la mer devenue jaune. La vie est là dans ce courant. On chasse, on mange, le petit se fait attraper par le plus gros. La loi de la nature. A quelques mètres du bateau j’aperçois des ailerons. Je pense à une raie Manta, nombreuses dans la région. La bête s’approche, son aileron a disparu, je distingue sous la surface une forme étrange, nouvelle. Elle est là à portée de main. Les premiers instants sont magiques. Vous doutez, vous détaillez pour bien vous persuader. Sa couleur, sa forme, sa tête, Il n’y a pas de doute, c’est un requin Baleine. Le cri est lancé à tout l’équipage. « REQUIN BALEINE A BABORD !".  C’est le plus grand des poissons. Notre compagnon est certainement un adolescent. Il doit mesurer environ 3 à 4 mètres. Il tourne autour du bateau et revient nous saluer. Je mets un temps fou à réaliser. Je suis émue. J’aime ces premières fois. Je me rappelle de mon premier iceberg, de mon premier albatros, de mon premier ours polaire.

Aujourd’hui est le jour de mon premier Requin Baleine.

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

2018 04 06 fa 01

Les 100 derniers billets du Carnet de bord