12 février, Goa

Nous arrivons au petit matin dans l'estuaire de la rivière qui mène à Panaji et plus loin à Old Goa, le vieux Goa. Une flottille de pêcheurs pose des sennes colorées dans le courant et encerclent les bancs de poissons. Le chenal est étroit et des bancs de sable apparaissent là où vient se briser la houle du large. Nous reconnaissons d’emblée l'architecture portugaise des forts et des maisons qui bordent le rivage.

2018 02 12 fa 30C'est en 1510 que Alfonso de Albuquerque débarque sur les côtes de l'Inde et décide de s'implanter autour de cette rivière. Les Portugais y construisent une ville aussi grande que Londres ou Lisbonne. On l'a surnomme la « Rome de l'Orient », jusqu'à ce que des épidémies de choléra et de paludisme les condamne à abandonner la ville au XVIe siècle. En 1843 la capitale est transférée à Panaji.

Les formalités se font sans trop de difficulté cette fois et nous voilà autorisés à débarquer, mais comme ailleurs il n’y a rien de prévu pour les voiliers, aucune facilité. Tout est compliqué, insalubre, l’endroit n’a vraiment aucun intérêt. Nous sommes encerclés de panneaux publicitaires en tout genre. Fleur Australe est mouillée dans la rivière et il nous faut palabrer pour trouver une place pour notre annexe afin de débarquer.

Pourtant dès que l’on pose le pied à terre on est sous le charme de Goa. A Panaji, la capitale, on trouve de belles maisons portugaises décorées avec soin. Des galeries protègent les pièces de la chaleur mais aussi de la pluie. Toutes les fenêtres ont un auvent, une protection contre les trombes d'eau qui se déversent pendant la mousson. On peut ainsi laisser les fenêtres ouvertes sans craindre une inondation. Les murs extérieurs rivalisent de couleurs, jaune, bleu, rouge ou ocre. Ce raffinement et cette grâce que l'on peut trouver dans des îles comme Madère, ou à Lisbonne.
La côte est bordée de plages superbes, parsemées de pointes rocheuses et de rivières. Dans les années 70, les hippies sont venus ici trouver la douceur de vivre. Vie peu onéreuse, belles plages, ambiance zen. Petit à petit le tourisme s'est développé et aujourd'hui une importante population européenne a envahi la région. Les routes sont encombrées de motos, scooters, tout ce beau monde se croise, se frôle, s’évite tant bien que mal dans une cacophonie à laquelle on finit par s’habituer. On a oublié de porter le casque, un sentiment de liberté flotte dans l'air.

Nous gagnons l'intérieur des terres vers Palolem pour trouver un peu de tranquillité et nous pénétrons dans la forêt vierge. Les petites montagnes d'environ 1000 mètres abritent des panthères, des léopards, des tigres, des boas et toutes sortes d’araignées rares. Difficile de les repérer. Marion et Laura frissonnent à l'énoncé de ces bêtes sauvages. Marion a la phobie des grenouilles. Ce n'est sûrement pas la bête la plus dangereuse de la forêt, mais notre petite fille de 9 ans tremble devant ces petits batraciens alors qu’elle reste impassible devant les vipères ou autres reptiles que nous croisons sur notre chemin. Notre guide Emanuel, est un amoureux de la jungle. Il y a passé de longues années au sein d’une tribu. Nous escaladons la montagne et nous nous frayons un chemin dans cette jungle obscure. Il nous met en garde devant les plantes (catés) qui vous retiennent et nous blessent avec leurs hameçons. Notre petite équipe transpire sous la chaleur intense et nous entendons au loin le chant de la rivière. Depuis des millénaires les pluies de la mousson ont taillé des gorges dans les roches volcaniques.
Nous escaladons les cailloux, plongeons de plus de 8 mètres, dans l'eau fraiche et, équipés de harnais, descendons en rappel les impressionnantes parois noires et glissantes. Les filles sont heureuses, c’est leur premier cannyonning, jusqu’ici elles étaient trop petites pour nous accompagner.
Sur le chemin du retour nous parcourons les vallées luxuriantes où poussent légumes et fruits en tout genre. Les femmes font sécher le riz et remplissent de grands sacs qu'elles portent sur leur tête.
Les forêts retiennent longtemps les eaux de la mousson, ce qui explique que les torrents coulent encore en cette saison sèche. Emmanuel nous explique qu'on y plante beaucoup d'arbres au noix de cajou au détriment de l’environnement. On défriche, on déboise et on perd ainsi la canopée si précieuse pour garder la fraicheur et l'eau. Mais c’est le profit qui fait foi comme ailleurs, et par ici la corruption est grande. Tout s’achète et les élus n’hésitent pas accorder des passe-droits pour gagner des électeurs.

Après avoir découvert le sud de Goa, nous partons vers le nord explorer la côte sauvage.
Dans la jungle nous visitons les ruines de Fort Redi, nous sommes dans le Maharasthra, un état de Mumbay.
La forteresse a été construite à l'entrée d'une rivière, pour protéger cet abri naturel qui était un important port de la région. Le Fort a été construit par les Marathas tribu mongol au 6eme siècle et pris par les portugais en 1746 puis par les Anglais en 1765 qui le revendirent aux Indiens en 1890.
La nature a repris ses droits, Le fort est envahi par les arbres et les racines recouvrent les murs dévoilant un décor époustouflant. En bas, la rivière se jette dans la mer entre une côte rocheuse et une superbe plage. Les bateaux de pêche peuvent rentrer à marée haute à travers des bancs de sable. A marée basse la passe se referme et protège les embarcations, des ennemis venus de la mer.

Nous regagnons notre bateau, qui sagement nous attend retenu par son ancre dans le lit de la rivière. L'état de Goa, le plus petit de l’Inde, a été le dernier à retrouver son indépendance. Il n'a jamais été colonisé par les anglais. Il est resté portugais jusqu'en 1961, c’est ainsi qu’il a gardé comme à Pondichéry, ses coutumes européennes, l'alcool n'est pas taxé et on vient depuis toute l'Inde, jouer dans ses casinos qui sont implantés sur des bateaux, mouillés dans la rivière devant la ville. Non loin de là où nous relâchons… à côté de la plus grande pauvreté. « C’est ainsi, il y a de plus en plus de très riches et de plus en plus de très pauvres, l’écart se creuse chaque année » m’explique Shelton avec qui nous avons sympathisé, un indien qui a des ancêtres portugais. Shelton est d’une grande gentillesse comme la plupart des indiens que j’ai rencontrés depuis Mumbay, il me raconte son pays avec passion et un rien de fatalisme. L’environnement qui souffre avec le tourisme, les belles plages qui sont défigurées par les hôtels, la corruption, les guerres de religion entre musulmans et hindous. (60% de la population est Hindoue, 28% catholique, 5% musulman, 2% sikhs) « Avant toutes les religions cohabitaient avec bonheur et depuis quelques temps il y a des hostilités, tout se complique, rien n’est plus comme avant et ça c’est de la faute des politiques qui montent les uns contre les autres pour récolter des voix » m’explique-t-il avec sérénité.
Ce soir nous appareillerons pour Cochin, notre prochaine escale. Certes Goa a du changé, mais le charme est bien là, intacte, il suffit de s’enfoncer dans les terres, endormies sous les palmiers, de flâner à l’ombre d’une église, ou encore de filer vers les extrémités pour retrouver la grâce d’autrefois, la vie paisible, les jours qui s’écoulent au rythme de cette nature si belle et si forte qu’elle n’en finit pas de nous ensorceler.

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