25 janvier, Karachi. Surprenant Pakistan

Après nous avoir laissé poireauter pendant 24 heures avec un vent de 30 nœuds, à 20 milles des côtes, on a fini par nous autoriser l’entrée. A quel prix ! Obligation de prendre un pilote pour rentrer dans le port, pourtant facile d’accès, un agent local pour gérer tout ce qui relève des autorités. Une note on ne peut plus salée !

2018 01 25 fa 11Je vous laisse imaginer notre surprise lorsque l’on nous a annoncé une fois au port que le pilote coutait la bagatelle de 1000 dollars et qu’il était hors de question de quitter le port autrement qu’en sa compagnie. Son travail consistant pour être clair, à être debout à côté du capitaine à la barre, un rien exaspéré mais fataliste. Nous avons pu grogner, user de tous nos arguments, demander une audience en haut lieu, recourir au consul, il nous a fallu abdiquer et payer sinon nous n’aurions pu repartir. Il s’agit bel et bien d’une sorte de racket. En réalité il n’y a aucun voilier de plaisance qui s’aventure au Pakistan classé zone dangereuse, ils appliquent donc les règles des cargos.

Cette escale nous aura couté un bras, je vous passe les frais de port et d’agent. Un port insalubre, malodorant, « surpollué » tant au niveau de l’air que de la mer recouverte de déchets en tout genre. Karachi est la ville la plus peuplée du pays avec 20 millions d’habitants, sa croissance démographique est spectaculaire. On prétend également qu’elle est une des villes les plus dangereuses au monde avec entre autre de nombreux conflits politico ethniques. Il nous a fallu mettre un gardien à chaque fois que nous allions en ville pour surveiller Fleur Australe et chaque sortie ou entrée nécessitait son lot de parlementassions et vérifications en tout genre, par des hommes armés, mitraillettes, pistolets. Paroles, paroles quand tu nous tiens il reste peu de temps pour découvrir la ville.

Et pourtant Karachi est une ville surprenante, mystérieuse et je suis persuadée qu’il faut l’apprivoiser et prendre le temps qu’on ne nous laisse malheureusement pas, vu les tarifs, pour la découvrir. Une ville au charme caché, aux habitants d’une grande gentillesse avec un vrai sens de l’hospitalité, un sourire qui vient du cœur et un regard intense. Je les ai senti tellement heureux de voir une famille, une famille blonde, qu’ils ne se lassent pas de photographier. Le dernier soir nous sommes allés dîner au café Flo, chez Florence, une Française qui habite ici depuis une quarantaine d’années. Elle est arrivée ici en stop depuis la France avant d’avoir le coup de foudre pour un Pakistanais qu’elle a épousé. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une oasis verdoyante, un lieu élégant et raffiné où l’on sent que la patronne a veillé au moindre détail avec beaucoup d’élégance et d’amour, et surtout une cuisine digne des meilleures tables parisiennes. Tout cela ne serait rien sans compter l’accueil de Florence et de son fils Sikander, qui ont su l’espace d’une soirée nous faire oublier nos mésaventures et nous laissé entrevoir le charme discret de Karachi, ville qui a résolument plus d’un visage et beaucoup d’attraits. Une ville cosmopolite et dynamique, bouillonnante de vie, de culture et d’art, dans laquelle je reviendrais certainement.

Nous avons repris la mer, en direction de Portbandar notre première escale en Inde. Premier port sur notre route, Gandhi y est né, nous devions donc nous y arrêter. Le soleil s’éteint doucement et la lune fait des ricochets sur la longue houle qui vient de l’ouest. Les enfants parcourent leur atlas, à l’avant, tout en surveillant les cargos. Je m’assoupis bercée par la douce mélodie du vent qui s’engouffre dans nos voiles. Le ciel s’enlumine et toutes les étoiles de la mer d’Arabie se dévoilent soudain.

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