20 janvier. En mer.

Nous hissons les nouveaux pavillons à l’effigie de la chaine de l’espoir et d’enfants à cœur et larguons aussitôt les amarres. Fleur Australe est toute belle, débarrassée de sa couverture en coquillages, elle va enfin pouvoir chevaucher librement les vagues de l’océan Indien. Les filles sont heureuses de retrouver leur bateau, leurs jouets, leurs livres, leur maison flottante délaissée depuis cinq mois.

2018 01 21 fa 03Eva et Nathan nos nouveaux équipiers qui nous assisteront dans la partie scientifique et pédagogique de l’expédition, prennent leurs marques à bord. Ils sont spécialisés dans les sciences de la mer et en particulier dans la protection du littoral. Eva fera l’école aux enfants chaque matin. Quant à moi, je retrouve avec joie, ma caméra, mes appareils photos, ma plume et mes fourneaux. Mes journées seront occupées à passer de l’un à l’autre ou plutôt à jongler avec tous, ce qui me convient parfaitement. Nous avons fait un gros plein de provisions la veille du départ, qui a suivi un grand nettoyage. Les vivres comme les médicaments ont souffert avec la grosse chaleur de cet été. La température à bord a grimpé et nous avons dû jeter l’essentiel de nos vivres et de notre pharmacie. Problème que nous n’avons pas sous les hautes latitudes, le froid conserve.

Il nous faudra 4 jours pour rejoindre Karachi au Pakistan. (Je rappelle que comme nous ne pouvions laisser le bateau au port pour aller explorer et nous rapprocher des hautes montagnes, nous avons donc préféré partir vers l’Himalaya avant de prendre la mer. En effet la zone est classée rouge. Il paraitrait qu’ils n’ont pas vu de bateau de plaisance à Karachi depuis des lustres.)

La mer est de velours et les dauphins ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. L’eau est verte, liquoreuse, dense, remplie d’algues et poissonneuse. Les lignes ne tardent pas à frétiller. Nous ratons deux grosses dorades, qui nous lâchent au dernier moment. Béti semble être la plus déçue, elle se léchait déjà les babines. La troisième sera la bonne, non sans quelques sarcasmes que le capitaine esquive d’un sourire malicieux. Une belle dorade rejoint finalement notre bord, elle est sublime dans son agonie, passe du jaune phosphorescent au vert fluo avant de rendre l’âme dans un dernier éclat violacé. C’est pâle que nous la dégusterons ce soir, succulente et charnue, juste accompagnée d’un filet d’huile d’olive et de gros sel. Le soir, le ciel s’empourpre, un joli croissant de lune se lève et la nuit étoilée s’empare de la voute céleste.

Vient alors l’heure de déchiffrer ce dôme scintillant, démasquer ses constellations et percer ses secrets. La mer s’illumine, elle rayonne, le plancton danse et des millions d’astres viennent s’y perdre le temps d’une nuit. Une première traversée toute en douceur, lumineuse et sereine.

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