2017-04-22 - Escale à SUR, sur la côte des tortues.

Après notre escapade dans les dunes blanches de « Sugar Dunes », Fleur Australe poursuit sa route le long des côtes omanaises. Une cinquantaine de milles pour rejoindre Masirah. Une île d'environ 65 km de long et 17 km de large. Paysage lunaire et plages de sable blanc à perte de vue, c’est le paradis des kite-surfeurs. Nous avons rendez-vous avec le docteur Hamed. Il est en charge à Oman et en particulier sur l’île de Masirah, de la protection des tortues. Aujourd'hui a lieu la journée de sensibilisation sur l'environnement avec pour but, le nettoyage des plages où viendront bientôt pondre les tortues. La côte omanaise avec ses grandes plages est le lieu privilégié de reproduction de différentes espèces de tortues. Masirah est un site important car ses plages sont facilement accessibles. Environ 30 000 tortues viennent y pondre en toute quiétude de mai à août.

Rendez-vous de bonnefa 20170416 06 IMG 5384 heure sur la plage de la côte est, face au large. Il y a à Oman un réel problème de pollution par les déchets plastique. Bouteilles, bidon d'huile, flotteurs de casier, filets de pêche et cordages. Les pêcheurs semblent être les principaux responsables de ce fléau et les plages sont souvent un vrai dépotoir, un triste constat dont nous avions déjà pris la mesure vers la région des dunes. Le Dr. Hamed mène son action de sensibilisation auprès des pêcheurs, mais le message a du mal à être entendu. Il est pourtant confiant et sait qu'il faut du temps pour faire évoluer les mentalités. Les premiers à en souffrir sont évidemment les habitants de cette mer : les tortues et les cétacés, dauphins et autres mammifères marins qui affluent dans ces eaux ainsi que les poissons qui eux aussi sont contaminés par les micros déchets. Le phénomène est important car les eaux d’Oman sont particulièrement riches, il y a beaucoup de pêcheurs tout le long de la côte et la pollution n'en est que décuplée.

Aujourd'hui nous participons avec l'association « Environment Society of Oman » au nettoyage d'une plage qui va voir dans quelques semaines débarquer en masse les tortues vertes et les tortues couannes. Notre objectif est donc de leur préparer un joli petit nid d'amour, elles viendront y creuser le sable pour y enfouir des centaines d'œufs qui quelques 6 semaines plus tard donneront naissance aux petites tortues. L'opération est bien organisée. Ce matin ce sont les hommes qui commencent une section de la plage, viendront plus tard les jeunes étudiants et dans l'après-midi les femmes. Tout le monde est volontaire. Plus d'une centaine de personnes armées de sacs poubelles, partent bien en ligne, pour ramasser les objets en plastique, bouteilles, bouchons, filets. Laura et Marion ont enfilé leurs gants et arpentent les plages de long en large sous un soleil de plomb, par 40°, pour traquer le moindre déchet.

Belle initiative qui nous rappelle celle de « surfrider », l'association des surfers qui œuvrent activement dans le sud de la France et un peu partout dans le monde pour le nettoyage des plages. Fleur Australe s'associe et soutient ces associations qui travaillent pour la protection des océans.

Courte escale dans le port d'Hilf. Nous repartons pour une bonne journée de mer en longeant la côte où se dessine le désert de Wahiba. Il faut veiller nuit et jour les bateaux de pêche, boutres ou canots qui posent des filets dérivants.

Nous approchons de la pointe orientale d'Oman et du cap Ras Al Hadd. A quelques milles, nous relâchons dans le joli port de Sur. Situé sur la corne de l'Arabie, il se trouvait stratégiquement bien placé pour commercer avec l'Inde, le Golfe Persique, l'Afrique, Zanzibar et la mer Rouge. Le vieux port se situe à l'embouchure d'une lagune. Sur les berges de l'estuaire il y a des chantiers de construction de boutres. Il en reste un aujourd'hui qui perpétue le savoir-faire de la construction en bois, le calfatage se faisant à la graisse de requin et au plâtre.

Sur la côte au pied de la montagne qui s'élève comme un rempart de roche rouge et ocre, des Wadi. Ce sont des canyons creusés dans cette roche où l'on distingue aisément les strates de millions d'années de sédiments déposés au fil du temps. Sous les forces terrestres les roches ont pliées, penchées puis dans un temps que l'on ne pourrait compter, les eaux ont ruisselées et creusées la terre de ces vallées encaissées qui serpentent comme si une main avait coupé les montagnes, ouvrant cette brèche aux parois vertigineuses dans laquelle aujourd'hui encore coule un petit ruisseau. De temps en temps des orages, où les nuages, viennent déverser des trombes d'eau et alors le ruisseau enfle, déborde et emporte avec lui les gros rochers qui roulent un peu plus bas. La nature est grandiose. Les volumes, les hauteurs de ces parois nous envoûtent, nous submergent de leur matière minérale. Ici tout est roc, tout est force à l'état brut. Pas d'arbre, pas de mousse, pas de fleur, rien ne peut s'accrocher à ces murs abrupts. On y découvre des formes, des visages, des sculptures. Les oiseaux tournoient dans le ciel à la recherche d'un animal fatigué par le soleil qui consume la moindre trace de vie. Tout est fournaise dans ce chaos de la terre qui s'est déchirée un jour de colère. Nous perdons la notion du monde, nous perdons tout contact avec la réalité, pour pénétrer au plus profond d’un autre univers dans les entrailles de la terre. Mais la nature aime le moindre petit filet d'eau. Et de ce monde aride, naît pourtant des oasis verdoyante. Palmiers, bananiers, orangers, manguiers. La terre capture le plus petit filet d'eau, le détourne, lui construit des petits sentiers pour irriguer les terrasses. Un peu d'eau, un peu de lumière, beaucoup de chaleur et tout pousse. Dans ce pays désertique où tout n’est que roche et cailloux, c'est un véritable Eden qui s’offre à nous. Philou détache une feuille d'oranger pour inhaler son parfum. Marion récolte ces saveurs et se transforme par l’imagination en fée alchimiste. Elle concocte des effluves subtiles à base d'orange, de jasmin et voilà qu’elle est transportée dans son rêve et s’enivre de toute ces subtiles fragrances au point de s’imaginer les rapporter en France et les mettre en flacon. Les enfants savent tirer le meilleur de chaque instant. Le jeu l'emporte et le rêve le sublime.

Nous descendons la vallée sur les traces d'un fermier montagnard qui nous guide sur les cailloux glissants pour rejoindre la cascade. C’est un vrai bonheur de se rafraîchir sous des tonnes d'eaux si rares dans ce pays, par cette chaleur écrasante.

Nous continuons notre marche en nous immergeant dans ce que la nature a su creuser avec sa force titanesque, dans les rochers. Elle a façonné des bassins où l'on nage dans un boyau de grés avant de plonger dans une grotte elle aussi taillée par sa puissance. Endroit magique où l’équipage s'abandonne à la volupté de l'élément liquide. Fraîcheur et bonheur.

En route pour la côte aux tortues et le Ras Al Jinz. Classée en zone protégée, c'est la baie qui accueille le plus grand nombre de tortues vertes au monde. Elle abrite un centre de recherche où nous passons la nuit dans une tente afin d’avoir une chance d’assister à ce grand moment.

« Les tortues sillonnent les mers depuis des dizaines de millions d'années, elles ont connus les dinosaures » raconte Laura qui se demande si nous aurons le bonheur d’en croiser une. Il est vrai que la tortue n'a pas changé depuis 110 millions d'années ! Elle a donc ses habitudes et l'homme ne peut que se prosterner devant ce géant millénaire… Nous approchons de la plage à la nuit tombée, sans faire un bruit pour ne pas les déranger. Dans la lumière de la pleine Lune nous en apercevons soudain une qui sort à peine de la mer. Elle connaît l'endroit par instinct, grâce à cette boussole qu’elle aurait dans la tête, sinon comment saurait elle où se trouve son lieu de reproduction qui serait paraît-il celui de sa naissance. Elle monte lentement sur la plage, projetée par la dernière vague déferlante qui l'a un peu sonnée… Avec ses grandes nageoires pectorales, elle creuse un trou sous l’œil ébahi des enfants qui l’observe disparaître sous le sable. En effet avec ses nageoires arrière, elle creuse une cavité de 15 cm de profondeur dans laquelle elle va pondre une centaine d'œufs bien blancs. Nous sommes émus par ce miracle de la nature que nous offre ce monstre sacré.

Elle gémit, souffre, sanglote, respire de façon saccadée. Pour donner la vie il faut souffrir. Elle est grande, environ 1,20 m et pèse 150 kg. Dans la mer elle est agile, gracieuse et ses nageoires l’aide à se déplacer facilement vers les profondeurs ou juste à nager tranquillement à la surface. Elle peut vivre 150 ans, quelle expérience de la vie ! Notre tortue se balade au grès des courants, elle peut aller dans la Mer Rouge, jusqu'au golfe de Suez, aller se promener dans le golfe Persique ou encore à Zanzibar en Afrique. Grande navigatrice la petite... Elle n'est adulte qu'à 49 ans et pond trois fois par an, tous les deux ou trois ans. Les bébés tortues éclosent au bout de cinquante jours et mettent trois à cinq jours pour sortir du sable. Il leur faudra ensuite trois jours pour apprendre à nager. Il n'y en a qu’1 sur 1000 qui arrivera à l'âge adulte ! Quelle belle leçon d’éternité et de perpétuation de l’espèce !

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L'équipe de volontaires prête pour le nettoyage de la plage à Masirah

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Une carapace de tortue peut être victime de la pollution

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Un boutre au mouillage devant le port de Sur

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Laura devant le canyon de Wadi Tiwi

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Laura et Marion se rafraîchissent dans la cascade de Wadi Tiwi

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En route pour la vallée de Wadi Shab

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Philou observe un boutre sur le port de Sur

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Une tortue creuse un trou pour la ponte des oeufs

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Une tortue repart à la mer après la ponte

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Pêcheur omanais

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Laura et Marion ont sauvé deux jeunes tortues prises dans un filet sur la plage