20170413 - OMAN - Salalah

Nous arrivons de la pleine mer après notre traversée du Golfe d'Aden. Le soleil sort de l'eau comme une boule de feu, il monte rapidement dans le ciel et la chaleur ne tarde pas a nous envahir. La côte se dessine devant nous avec ses falaises brunes qui se jettent dans la mer. Le port apparaît : des grues et quelques cargos sont en attente au large, les boutres ont mouillé près de la plage. Nous sommes soulagés d’être arrivés à bon port après cette traversée dangereuse.

Le capitaine fa 20170413 02 IMG 4879prend contact avec le « port control » par la radio du bord. Ici les voiliers sont rares, et nous sommes soumis aux mêmes règles que les tankers ou porte containers. On nous demande de prendre un agent, qui seul peut nous donner l'autorisation d’accéder au port. Nous sommes vivement rappelés à l'ordre et contraints à rester au large à tirer des bords. Suite à de nombreux échanges et à l'interdiction formelle de rentrer, nous réussissons à contacter cet agent, qui après avoir reçu les papiers du bateau, nous donne enfin le droit de nous diriger vers le port. A peine relâchés, nous devons effectuer les différentes formalités, douanes, immigration. La chaleur se fait oppressante et l'équipage, fatigué par cette longue traversée sous tension, rêve d'un petit endroit tranquille pour se reposer.

La côte du Dhofar, a toujours été un lieu d'où transitaient nombre bateaux qui commerçaient avec l'Inde, l'Afrique et la Mer Rouge. Le canal de Suez n'existait pas et ce sont des caravanes de chameaux qui effectuaient le voyage à travers l’isthme de Suez pour rejoindre la mer Méditerranée. Dans les montagnes, poussent les arbres à encens, ce véritable joyau pour lequel on se livrait bataille, comme s’il s’agissait d'or. Un caillou aux nombreuses vertus : lorsqu’on le brûle, il purifie l’air, chasse les mauvais esprits, apporte un parfum agréable dans les maisons mais il sert également de médicament pour l’estomac quand on le mange. Les chevaux de ces montagnes merveilleuses étaient exportés vers l'Afrique ou l'Inde. Des ports, des forteresses ont été érigées le long de la côte, dans des abris naturels formés par l’échancrure d’une falaise ou d’un petit cours d'eau qui descend de la montagne. La côte est soumise aux vents de la mousson et les navigations étaient calculées en fonction de la direction du vent. L'été, la mousson apporte des vents du sud-est et une pluie abondante qui alimente les ruisseaux, rendant au désert sa verdure l’espace de quelques mois. Le reste de l'année, souffle le vent du nord-est qui assèche la terre et elle redevient aride. A quelques milles de la côte, les fonds marins plongent et atteignent plus de mille mètres. Les eaux sont riches et les pêcheurs rapportent de nombreux poissons. Au large ils pêchent le thon ou l'espadon, et sur le tombant avec des casiers posés par plus de 400 mètres de fond, ils attrapent des poissons de roche. Le long du rivage les langoustes abondent.

Ce matin tandis que le jour se faisait, nous avons croisé une « sacrée bande » de dauphins à quelques milles des côtes. Une centaine de dauphins à long bec, d'environ 2,50 mètres pour les plus grands nous ont offert un beau spectacle avec des bonds de plusieurs mètres au dessus de l'eau. Ils vont et viennent, font des cabrioles. C'est la vie de la tribu, on passe son temps à jouer, à rechercher de la nourriture et à assurer la survie de l'espèce avec les accouplements et les naissances.

Nous relâchons quelques jours aux îles Al Hallaniyat. Petit archipel situé à 20 milles de la côte Omanaise. Décor minéral de roche volcanique et de falaises de grès soulevées lors des grands mouvements de la terre. Lorsque la nuit tombe j’arpente cette terre chauffée par le soleil qui éclate la roche et ne laisse pousser que quelques plantes rases qui puisent leur énergie dans la rosée du matin. Je marche sur des coraux qui jadis se trouvaient dans le fond de la mer. Mon pied heurte un bénitier cramoisi qui depuis des millénaires repose ici, sur les hauteurs de l'île. J'aime remonter le temps et imaginer cette île qui un jour est sortie du fond de l'océan emportant avec elle ses trésors pour qu'ils reposent ici à l'air libre sous les rayons du tout puissant dieu Soleil. Betty m'accompagne. Elle traine la patte et renifle les odeurs des bêtes qui parcourent ce désert. Sur le sable les traces d'un animal qui doit se cacher dans le creux d'un rocher. Elle renonce à le poursuivre. Elle n'est pas adaptée à ce terrain, la chaleur des roches lui brûle les pattes. Elle me suit tranquillement et s'en va sur la plage se rafraichir dans une eau qui avoisine les 30 °C...

J'aperçois un groupe de dauphins qui rentre dans la baie. Les enfants me rejoignent et nous partons nager avec eux. Ils sont des dizaines et pendant près d'une heure nous offrent le spectacle d'un ballet aquatique de toute beauté. Sur le fond de sable et par seulement 4 mètres d'eau ils effectuent des cabrioles et des sauts. Moment récréatif pour cette grande famille. Ils sont la représentation de la sagesse, de la liberté, de la famille soudée, du groupe qui semble être uni pour la vie, une vraie tribu. Le plus beau des cadeaux pour Marion qui fête aujourd’hui son anniversaire. « Je les avais commandé pour toi ma chérie ! », lui glisse tendrement Philou à l’oreille.

Le soleil se couche et en descendant derrière l'horizon on imagine que la mer va bouillir tant sa puissance nous a écrasé pendant la journée. L'air reprend sa respiration. Le corps descend en température. On se délecte de la fraicheur qui doucement nous enveloppe. La lumière baisse subrepticement et la montagne se dessine en ombre chinoise. Les étoiles apparaissent dans le bleu du ciel. Jupiter surgi derrière la montagne et une lumière étrange apparaît derrière la masse sombre de l'île. C'est la Lune qui monte délicatement entre les cratères déchiquetés et verse sa lumière dorée qui tombe de roche en roche au flanc de la montagne pour enfin s’étaler sur la mer. Ce soir elle est reine du ciel et tout devient lumineux sous la douceur de ses rayons.

Nous reprenons la mer. La Fleur glisse sur ce miroir d’où l'horizon a disparu. La Lune qui a envahi le ciel répand sa lumière légère dans ce monde étrange où le ciel et la mer ne forment plus qu’un. Nous voguons sur un vaisseau qui flotte dans le cosmos, un cosmos où brillent des millions d'étoiles dont la mer sans une ride agite le reflet.

Loup observe le ciel, mais ce soir seules les plus grosses étoiles peuvent affronter la puissance de notre satellite.

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Grande plage au pied des montagnes du Dhofar

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Les pêcheurs rentrent les cales pleines

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Mouillage sauvage sur l'île d'Hallaniyat

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Fleur Australe au mouillage

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Les dauphins sont venus nous rendre visite

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Un dauphin croise devant la bateau

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Pêcheur omanai

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Marion observe le lever de Lune

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Marion fête ses 9 ans

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L'équipage au complet